Yasmina Sioud: Le monde à l’extérieur se soucie de ce que fait l’Union européenne!

Age: 50 ans
Nationalité: française
Occupation: fonctionnaire à la Division Etats-Unis & Canada au Service européen pour l’Action extérieure (SEAE)
Passetemps préféré: voyages, cinéma, photo, tricot.
Langues: français, anglais, espagnol et italien.
Plat préféré: la tarte Tatin! A la fois à manger et à faire. Et le soufflé au fromage.
Littérature: Je lis beaucoup, des auteurs français et étrangers, pour en citer quelques-uns: Dino Buzzati, Arto Paasilinna, Serge Joncour. Et aussi des bandes dessinées: Urasawa, Taniguchi et Guy Delisle.
Musique: beaucoup de groupes des années 80 (New Order, Psychedelic Furs, Depeche Mode, the Stranglers, Cocteau twins) et des plus récents: Divine Comedy, M83, Goldfrapp, Phoenix.

Une autre voix de France: Sylvie Renault
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Yasmina Sioud 1Travailler à Bruxelles, est ce que cela a toujours été votre rêve ? Comment est-ce que vous êtes arrivée ici ?
J’ai passé quelques années à Bruxelles dans ma jeunesse, de 10 à 15 ans, puisque mon père y travaillait. J’y suis revenue quand j’avais 27 ans comme stagiaire à la Commission européenne, et depuis j’y fais des allers retours.
Au départ, j’ai fait des études de biologie végétale et de biotechnologies végétales, mais j’ai réalisé assez vite que faire de la recherche dans un laboratoire ce n’était pas vraiment ma tasse de thé, et je me suis réorientée vers l’économie rurale. La coopération et le développement m’ont toujours été chers et, plus jeune, je rêvais de verdir l’Afrique! Et puis j’ai rejoint la Commission européenne en tant que stagiaire et suis passée de l’Afrique vers l’Europe de l’Est en travaillant pour le programme PHARE, un programme de reconstruction économique démarré en 1990.

Qu’est-ce qui vous motive dans votre travail pour l’Union européenne ?
Peu importe mon environnement professionnel, ma motivation a toujours été la coopération et le développement. J’ai travaillé à Sarajevo juste après la guerre et en Slovénie avant l’adhésion à l’UE. J’ai aussi travaillé au Liban, à Beyrouth, dans un projet de modernisation de l’industrie. Nous avons tellement de bonnes choses en Europe, je pense qu’on doit en faire profiter les autres! Que ce soit notre système social, notre système de santé, notre système éducatif. Je ne suis à Bruxelles que pour l’Europe et ma situation professionnelle. L’amour et la famille en général suivent !

Vous travaillez pour le SEAE, qu’est-ce que c’est? A quoi ressemble votre journée au bureau ?
Je travaille à présent dans la Division de la coopération avec les Etats-Unis et le Canada du SEAE, le Service pour l’Action extérieure de l’Union européenne – le SEAE C’est un peu un Ministère des Affaires étrangères européen. La coopération avec l’Amérique du Nord existe à tous les niveaux et dans tous les domaines, mais les domaines pour lesquels je suis responsable sont l’éducation, les affaires sociales, l’agriculture et la protection des consommateurs, ainsi que ce que nous appelons la « diplomatie publique, » et qui pourrait se résumer en l’organisation de conférences et d’évènements sur les relations UE-Etats-Unis et UE-Canada.

Est-ce un travail gratifiant? Avez-vous l’impression que vous faites partie d’un projet plus grand ?
Oui, et ce d’autant plus que je pense avoir eu une influence concrète dans la réalisation de ce que nous appelons les Centres d’Excellence de l’Union européenne. Ce sont des centres au sein des universités américaines et canadiennes qui mettent en place des cursus d’études européennes, c’est à dire à la fois des cours et des diplômes dans ce domaine. Il y a également de nombreux programmes d’échanges et des bourses pour les étudiants européens qui obtiennent alors des diplômes conjoints ou des doubles diplômes d’universités situées des deux côtés de l’Atlantique.

Il y a ce mythe, négatif, que “Bruxelles” est responsable de tous les maux, de toutes les décisions dures et impopulaires. Le problème, je pense, est lié au manque d’information.

Pour vous, quelle est la plus grande réussite de l’Europe ?
Pour moi c’est bien le fait de pouvoir traverser les frontières sans montrer son passeport et sans attendre des heures aux postes-frontières. Les gens ont tendance à oublier comment c’était il n’y a pas si longtemps. Un autres succès, même si il n’est pas encore reconnu en tant que tel, c’est l’Euro, la monnaie unique qui permet de ne plus perdre d’argent au change. De la Belgique pour aller en France, aux Pays-Bas ou en Allemagne, des pays très proches géographiquement, il vous fallait quatre monnaies différentes! Pensez aux taux de changes variables et aux pertes! Heureusement c’est du passé maintenant.

Y a-t-il un domaine dans lequel l’Europe doit encore s’améliorer?
Je crois que c’est sur le plan social que l’Europe pourrait faire mieux: dans le domaine de l’accès à l’éducation, pour combattre l’échec scolaire et stimuler la formation professionnelle par exemple. Le futur de l’Europe, c’est sa jeunesse. Mais il faut leur donner de l’espoir.

Pourquoi selon vous beaucoup d’européens n’ont pas confiance en l’Union européenne?
Il y a ce mythe, négatif, que “Bruxelles” est responsable de tous les maux, de toutes les décisions dures et impopulaires. Le problème, je pense, est lié au manque d’information. Nous devrions pouvoir expliquer de façon simple et claire aux citoyens ce qu’est l’Union européenne et ce qu’elle fait pour eux dans la vie de tous les jours. Le problème est qu’une telle campagne d’information coûterait beaucoup d’argent et que les gouvernements ne veulent pas dépenser pour faire la publicité de l’Europe.Yasmina Sioud 2

Ce qui n’est pas tout à fait déraisonnable…
Non bien sûr, je peux le comprendre. Mais alors ces gouvernements nationaux devraient être moins critiques envers l’Union européenne et plus honnêtes vis-à-vis de leurs citoyens quand ils accusent “Bruxelles”. Quand une réforme est mise en place (par exemple des quotas fermiers ou de pêche) c’est toujours la faute de Bruxelles. Mais la Commission n’est pas responsable : ce sont les gouvernements nationaux qu’il faut questionner, puisque ces décisions sont prisent par les ministres des 28 états membres ! La Commission ne décide jamais seule, mais met en œuvre ce que les gouvernements lui demande de mettre en œuvre. J’aimerais que les gouvernements aient l’honnêteté de le reconnaitre.

Cela requière l’acceptation d’une sorte d’identité commune ?
Mon plus grand souhait serait en effet que nous soyons capables de penser au-delà de nos frontières, et que l’UE parle d’une seule voix. Le monde à l’extérieur se soucie de ce que pense et dit l’UE. J’aime beaucoup la devise de l’UE: “unis dans la diversité”. Oui, nous sommes tous différents, nos cultures, nos langues, notre passé… Mais nous sommes tous européens.

Pour cela les européens doivent non seulement parler avec une voix, mais également s’écouter les uns et les autres.
Mes parents nous ont toujours dit de parler chacun notre tour et d’écouter les autres quand ils parlent. Je pense que nous devrions toujours le faire et pas seulement à la maison, au moment du dîner, mais aussi dans nos vies professionnelles. Nous n’écoutons pas les autres. Chacun devrait pouvoir s’exprimer et on construirait sur cet échange.

Solidarité, ouverture et tolérance. L’Europe est notre avenir. Cela ne tient qu’à nous!

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Sylvie Renault: L’Europe a besoin d’une plus grande dimension culturelle et civique!

Age: 52
Nationalité: française.
Occupation: attachée d’administration à l’Education Nationale.
Passe-temps préféré: lecture – arts (peinture) – danse
Lien avec Yasmina Sioud: Amie, nous avons étudié ensemble à Toulouse.

Vous vivez et travaillez en France, avez-vous l’impression que l’UE influence votre vie quotidienne ?
Oui, bien sûr : la libre-circulation des citoyens est en particulier importante pour moi. Savoir que ma famille et moi pouvons, à tout moment, circuler, séjourner, travailler ailleurs qu’en France est une avancée capitale. Les jeunes de ma famille ont déjà profité de cet avantage par le biais du programme Erasmus. Dans ma vie professionnelle, je constate l’impact de l’Europe en participant à l’organisation des projets Comenius pour les élèves de mon établissement scolaire. Et je me sens rassurée, dans mon quotidien, par l’harmonisation des normes en matière d’environnement et de protection des consommateurs !

Ce serait une bonne chose que l’on aille vers une plus grande dimension civique et culturelle européenne.

Avez-vous le sentiment que les gens autour de vous, partagent ce point de vue positif sur l’Europe ?
Je dois avouer qu’un certain nombre de mes compatriotes sont plutôt inquiets quand l’Europe intervient dans les domaines financiers et monétaires, et j’entends parfois des connaissances me dirent qu’elles craignent de devoir « payer » pour d’autres états-membres encore plus mal en point que nous. Je pense qu’ils réagissent ainsi parce qu’ils ne se sentent pas vraiment associés au processus de décision.

Pensez-vous que ce processus de décision complexe de l’Union européenne est assez transparent ?
« Bruxelles » est pour eux une entité lointaine et abstraite. Ils entendent plus souvent parler de la Commission ou du Conseil que du député européen qu’ils ont élu, et qui est censé les représenter !
Par manque d’informations concrètes sur les avancées positives de l’Europe dans leur quotidien et aussi parce que souvent les médias se focalisent sur les aspects contraignants de la politique européenne, ces personnes ont une vision réductrice de l’Europe.

Il leur manque peut-être le sentiment de faire partie d’une plus grande unité européenne ?
Le sentiment d’appartenance à un peuple européen est encore bien trop faible. Mon plus grand souhait serait qu’on se dirige vers une plus grande dimension civique et culturelle européenne.

Si vous pouviez demander à Yasmina Sioud, que vous connaissez depuis que vous étiez étudiante à Toulouse, de passer un message aux « chefs de l’Union » qu’est-ce que vous lui diriez ?
Je sais que le travail de Yasmina est complexe. Je lui demanderais d’insister pour faire en sorte que les populations se sentent plus concernées par l’Europe, peut-être par une présence plus visible de leurs représentants dans leur quotidien ?

Mobilité, éducation, culture. L’Europe, c’est notre futur. Cela ne tient qu’a nous!

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Yasmina Sioud: The world outside cares about what the EU does!

How did you end up in Brussels?
I spent a few years in Brussels already when I was between 10 and 15 years’ old. My father was working as a diplomat here. I came back when I was 27 to start as a trainee at the European Commission. I have been coming and going since then. I studied plant biology and plant breeding. But I realised quite quickly that doing research in a lab was not really my cup of tea, so I re-orientated myself into agricultural economics. Cooperation and development was always dear to me and I had this dream as a teenager of greening Africa. And then I joined the European Commission as a trainee and drifted from Africa to Eastern Europe and worked for the PHARE programme – an economic reconstruction programme for Eastern Europe launched in 1990 after the fall of the Iron Curtain.

What drives you in your work for the EU?
Wherever I was, my motivation has always been cooperation and development. I worked in Sarajevo just after the war and in Slovenia before it joined the EU. I was also in Beirut, Lebanon, working on a project for the modernisation of the industry there. We have so many good things in Europe. I think we should help others benefit from our experience, whether it is our social, health or education systems. I am here for no other reason than for Europe and my working life. Family and love usually follows!

What is the EEAS? What does your day at the office look like?
I work now in the US and Canada Division of the European External Action Service, which is a bit like a European Ministry of Foreign Affairs for the European Union. I specifically work on education, social affairs, agriculture and consumer affairs, as well as what we call public diplomacy, which involves holding conferences and outreach events on EU-US or EU-Canada relations.

Is this a rewarding job?
Yes, it is. I think I made a concrete difference in developing what we call ‘EU Centers of Excellence’, which are centres based in universities that develop curricula and courses, if not degrees, in European studies. There are also many exchange programmes and scholarships for students from both sides of the Atlantic resulting in joint degrees and diplomas. I’m proud when I see that we can make a difference when we finance joint projects between the EU and the US and the EU and Canada – and even sometimes projects involving all three sides.

What is Europe’s biggest success?
I think the fact that you can now cross borders without showing your passport or waiting hours in line at a check-point is huge progress, and Europe’s greatest success so far! People sometimes tend to forget what it used to be like.
Another success – although not yet fully recognised – is the euro, the single European currency, which saves us from losing money through exchange rates. When going from Belgium to France, Holland or Germany, really close countries, you used to have 4 different currencies! Think about the fluctuating exchange rates and the losses this meant. That is all behind us now.

Where would you like to see more progress?
Europe could do more in terms of social aspects – access to education, fighting school drop-out, and better vocational education. The future of Europe is its youth. We have to give them hope.

Why do many citizens not trust the European Union?
There is the negative myth that ‘Brussels’ is the bad guy, the one to blame, responsible for all the tough and unpopular decisions. This is due to a lack of information. We should be able to explain to EU citizens in simple terms what the EU is about and what it does in people’s everyday lives. Such an information campaign would cost money and governments do not want to spend money on publicity for the EU.

That is understandable…
Indeed, I do understand that, but on the other hand, national governments could be less critic and more honest towards their citizens when accusing ‘Brussels’. Whenever an unpleasant reform is put in place – for instance, quotas on farmers or fishermen – it is always the fault of ‘Brussels’ – but the Commission is not responsible, governments are, the decisions are made by all 28 Member States’ governments. The Commission does not decide on its own. It just implements what is asked of it. I wish governments had the honesty to recognise this.

That would require a feeling of belonging, a shared identity maybe?
My biggest wish would be indeed that we could think beyond our national borders, that the EU speaks with one voice. The world outside cares about what the EU says and thinks. I like the motto of the EU: united in diversity. Yes, we are all different, our culture, our languages, our background.. but we are all Europeans.

So do Europeans need to listen more to each other?
Listening to each other is the foundation, always. My parents always told us to speak in turns and to listen to the one who speaks. I think we should always apply this, not only at home around the dinner table, but also in our professional lives. Everyone should be able to express themselves and then we build on all this exchange.

Solidarity, Openness and Tolerance. Europe is our future. It’s up to all of us!

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Yasmina Sioud: die Welt hört auf das, was die EU sagt!

„Mein größter Wunsch ist, dass wir eines Tages über unsere Grenzen hinaus denken.“

Die Französin Yasmina Sioud war mit Brüssel schon seit Jugendtagen eng verbunden, als sie hier zwischen ihrem 10. und 15. Lebensjahr wohnte. Seit ihrem Praktikum in der Kommission folgte sie dem „Ruf nach Europa“. Außenpolitik ist der rote Faden in ihrer Karriere, heute arbeitet sie für den Auswärtigen Dienst der Europäischen Union, derzeit im Bereich „Kooperation mit den USA und Kanada“.
Der freie Personenverkehr und die gemeinsame Währung sind für sie die wichtigsten Errungenschaften Europas. Die Sozialpolitik, der Zugang zur Ausbildung und beruflichen Weiterbildung sind ihrer Meinung nach Bereiche, wo Verbesserungsbedarf besteht.
Der Mythos, dass „Brüssel“ für alle unpopulären Entscheidungen verantwortlich sei, stört sie. Die BürgerInnen müssten besser über Europa informiert werden; sie bezweifelt jedoch, dass die Regierungen der Mitgliedstaaten in eine umfassende Informationskampagne investieren werden. Die nationalen PolitikerInnen sollten auch endlich selbst Verantwortung für ihre Entscheidungen, die sie in Brüssel treffen, übernehmen!
Ihr größter Wunsch an Europa? Dass Europa mit einer Stimme spricht und man einander besser zuhört. Die Devise „in Vielfalt vereint“ findet sie sehr passend – “wir kommen alle aus verschiedenen Kulturen, sprechen verschiedene Sprachen – aber sind alle EuropäerInnen!”

Solidarität, Offenheit, Toleranz. Europa ist unsere Zukunft. Es liegt an uns allen!


 

Hearts and Minds for the EU – a project in collaboration withBST_Logo

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